Voici quelques épisodes du Roman – Guide amoureux à paraître début Octobre 2011 aux Éditions du désir.

Ce livre est la suite de l’Appel de la Tourrettane que voici.

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Quelque temps plus tard

Clément et Sophia décidèrent de mieux connaître, ensemble, Nice, le pays niçois, les villages perchés. Depuis l’univers du Vieux Nice, chimérique, frais, sombre et pourtant chatoyant, lorsque l’on vient de la lumière de la mer et de la ville, jusqu’aux villages tout autour et la magnificence du Haut-Pays. Vaste programme, dont je me demandais, dans mon petit esprit d’auteur, s’il ne s’agissait pas pour eux, plutôt que de découvrir la contrée, de mieux s’apprécier l’un l’autre avant de prendre les sérieuses décisions qui engagent.

 

Cette pensée là a sans doute été ma première erreur.

Jamais un auteur ne devrait prêter à ses personnages l’énergie de l’intention autonome !

Or voici qu’au beau milieu d’un après-midi d’été, alors que moi-même j’étais assoupi, me remettant d’une importante opération chirurgicale à l’hôpital de Monaco (que je salue pour ses soins hors pair !), Clément et Sophia, en recherche de fraîcheur, décident de s’engouffrer dans le Vieux Nice par l’étonnamment nommée Porte Fausse. Son or ayant été magnifié récemment retient miraculeusement la lumière solaire à l’extérieur des entrailles de la vieille ville. La porte appelle plus que jamais la plongée dans cet univers revivifiant de la vieille ville sans que l’on puisse y résister. Qui n’a jamais éprouvé cette merveilleuse sensation doit se rendre Porte Fausse dès que le thermomètre approche les trente degrés. Mais alors à ses risques et périls. Car ce que ne dit aucun dépliant touristique, c’est que la descente dans les entrailles de la ville vieille, brutale en cet endroit, met sens dessus dessous la fiction et la réalité, la veille et le rêve, l’état d’âme et l’état de fait.

Imaginez l’effet sur les fragiles personnages d’un livre que le désir d’amour autonomise et que leur auteur néglige un instant ! Celui qui vient de la réalité entre dans un monde de fiction… mais la réciproque est tout aussi véridique.

Mais oui, ils m’ont échappé, ils se sont fondus dans la foule chimérique des touristes et des marchands, eux plus tangibles que chacun, dans ce monde de suaves épices et d’olives, de « bistrot de la dégustation », de fringues de meringues de multilingues, savons colorés et parfums, de glace à la Fenocchio ou à la Pinocchio, de pizza, pissaladières, petits farcis, socca, sardines grillées, pates fraiches, sels de l’Himalaya, fromages de chèvres, porchetta, de poutine… le nonat, et pas celui de Russie, et autres délices que vous ne trouverez jamais ailleurs.

C’est eux, mes personnages, qui m’ont retrouvé, quelques temps plus tard. Ils avaient besoin de moi. D’abord, ils m’ont suggéré de m’occuper du Vieux Nice, et pas seulement des villages perchés. Dont acte. Vous entendrez certainement parler de ce projet là de jeu de piste effréné sur téléphone portable dans le Vieux Nice, avec d’autres personnages issus de la palette colorée, ligniste, et même fluorescente d’un peintre qui y réside. Si vous trouvez de qui il s’agit, vous avez gagné un verre supplémentaire au « Bar de la dégustation » ! Puis mes personnages m’ont demandé de les aider à publier un guide des villages perchés et du Haut Pays à partir de leurs ballades et découvertes. Là, j’étais estomaqué. Mes personnages s’arrogeaient le droit de devenir quasi-auteurs ! Certes, je prône volontiers le principe d’être auteur de sa propre existence, mais au nom de quoi les créatures de papier pourraient-elles prendre cela pour elles et sur elles ?

En fait, j’aurais dû me méfier, car je devais avoir un penchant redoutable : j’avais déjà fait une expérience semblable à Paris au cimetière du Père Lachaise. A peine avais-je entrepris de présenter ses célébrités sur Internet (http://www.pere-lachaise.fr) que ces gentes dames et beaux messieurs se sont mis à prendre la parole, à écouter et juger leurs visiteurs, à philosopher sur nos mœurs et commenter notre actualité. Voici qu’Héloïse s’épanche : « Chut… C’est moi, Héloïse. Ne réveillez pas mon Abeilard. Je vais tout vous expliquer, comment notre amour est devenu pour vous tous, dans les siècles, un mythe. Car notre union amoureuse dépasse toutes les circonstances de la vie, du bonheur le plus grand comme du malheur le plus sombre. » Et Victor Noir de se plaindre de l’évolution des mœurs : « Au départ, les femmes pensaient vraiment que toucher mon sexe les rendraient fertiles. Un geste furtif les confortait. Peu à peu, le plaisir du toucher, le frisson de l’interdit… ». La suite serait délectable, malheureusement je ne puis, ici…

Alors que faire ? Je cédais au beau sourire franc de Sophia et à l’attente sereine de Clément. C’était un moyen de rester au moins en contact avec mes personnages.

Il me restait un doute, malgré tout. Sophia, Clément… moi-même, n’étions nous pas en train de céder à une mode littéraire, aux trucs d’auteurs à succès. Voyez, Guillaume Musso , avec sa « Fille de papier » : « Trempée jusqu’aux os et totalement nue, elle est apparue sur ma terrasse au beau milieu d’une nuit d’orage.

— D’où sortez-vous ?

— Je suis tombée.

— Tombée d’où ?

— Tombée de votre livre. Tombée de votre histoire, quoi ! »

L’héroïne de ses romans vient alors habiter sa propre vie… Et la vie de son personnage, ne tient plus qu’au livre qu’il doit écrire pour la sauver.

-          Mais non, me réplique Sophia, ton succès, qui est aussi le nôtre, tient à ce que tes personnages sont vrais, amoureux d’un coin de France, de la vie, de la rencontre amoureuse, des gens… Tu n’as pas besoin de monter un scénario à la Hollywood et un chantage entre l’auteur et ses personnages ! Et puis, nous ne sommes pas prisonniers les uns des autres, nous-mêmes avons su nous rendre libres sans te mettre dans l’embarras. D’ailleurs, n’appartenons-nous pas tous à la fois à l’imaginaire et au réel ? la seule différence étant qu’au départ Clément et moi venons de l’autre côté du miroir.

-          L’autre côté… tout dépend du point de vue où on se place, mais le miroir n’a qu’une face réfléchissante, réfléchis ! Au fait, puisque « De l’autre côté du miroir » il y a, sais-tu, à ce propos, que Lewis Carroll, en ce début de XXIème siècle, habite Oxford au moins autant qu’il ne le fit dans les années 1850 quand il y vivait. Une atmosphère de contes et de nonsense règne aujourd’hui dans cette ville universitaire de légende et ce n’est pas un hasard si les films d’Harry Potter y ont été tournés. A tel point qu’on y construit un musée des contes et des histoires ! Du « storytelling » ! Ah ! ma chère Sophia, ton auteur rêve d’une maison des contes et des histoires de Nice et des villages perchés ! Tout commencerait à la porte fausse…

Bien, chose promise, chose due, il fallait bien que je parle un peu de moi, mais voici les pages de Sophia et Clément qui présentent leur Guide amoureux du canton aux dix sourires. C’est le petit nom du canton de Levens. Et c’est un guide amoureux, m’ont-ils expliqué car on nage dans l’amour, on est entouré, bordé,  plissé d’amour : l’amour de Clément et Sophia, l’amour du pays Levensois, l’amour du lecteur et tout l’amour à partager avec le lecteur… Ils m’ont convaincu.

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